UNE FORME DE VIE

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2019

Une forme de vie introduit un personnage masculin, baignant nu au milieu d'un lac, faisant face au lointain. Il ne se passe rien d'autre que le passage d'un jour et d'une nuit entière. L'homme, aux oreilles pointues et aux yeux blancs, est silencieux. On entend le bruit du vent, le clapotis de l'eau, le chant des oiseaux le jour, celui des criquets la nuit.

Ce personnage de RPG, un avatar sculpté par le joueur, activé par celui-ci, n'a pas l'habitude d'attendre. Le rôle narratif qu'on lui a assigné est celui d'un tueur de dragons, un « sauveur des peuples » usant d'une logique meurtrière et d'accumulation de richesses qui abreuvent son quotidien de hurlements, de sang et d'or.

Les montagnes enneigées, l'eau claire, les forêts verdoyantes sont des paysages paradisiaques, absolus, fantasmés ; héritiers de la peinture romantique. Ils accueillent en revanche la guerre, le meurtre, et la gloire issus de ceux-ci.

Ici, ce n'est que le calme qui attends le personnage, le jeu tout entier est en pause, seul reste la solitude, la lenteur et la contemplation.

La mise à nu de cet homme n'a été possible qu'en modifiant le code du jeu lui-même.

Ce choix est aussi une invitation à regarder la représentation du corps masculin, fabriqué par des hommes, joué par des hommes. C'est une sexualisation volontaire du mâle dans un espace où ce sort est d'habitude réservé aux personnages femelles.

L'homme, le joueur, le personnage se regarde lui-même, débarrassé de son épaisse armure en situation de vulnérabilité totale ; il est en vacances sur son lieu de travail.

Théo Chikhi © 2020