Théo Chikhi is a French artist born in Belfort (France) in 1994. He lives and works in Dijon.

 

He uses images from virtuals spaces, such as social media or video games, to question these new relationship we have with the world and reality at a numeric age.

The ability of being present in natural environment, the way we meet and contact others, are part of these interactions distorted by the rise of the simulacrum,

where each and everything get lost in its own representation.

 

By using electronic installations, films made into videogames, or numerical edited photos, Theo Chikhi's works are vestiges of theses journeys into these universes of representation, and paradoxally propose a return to the real, using artifacts from worlds of simulation, where violence leaves room to contemplation, the crowd to loneliness, the noise to silence.

IN MEMORIUM

 

Car il ne reste de nos voyages que le parcours fragile des souvenirs, l’action du cadre vient formaliser l’errance, la transformant en sujet de dialogue avec la possibilité du partage.

Si l’errance est le corps de nos angoisses, il se peut que la perte d’un itinéraire soit plutôt la possibilité d’une rencontre.

C’est en ce sens que se dirigent les fondements du travail de Théo Chikhi qui reconnaît dans la solitude de ses voyages à l'intérieur des espaces numériques la fatalité d’un exil à temps compté.

Il est toujours question d’une tension entre deux réalités ambiguës, l’une étant la promesse d’une fuite, l’autre la tragédie d’une échéance (1).

En cadrant les vérités par le prisme convergeant des outils de simulation, ici les jeux vidéos, il déplace ses questions dans l’espace virtuel conférant à ses avatars, peut-être déjà des héros de par leurs statuts, les failles humaines qui n’intéressent pourtant jamais les jeux de guerre, c’est à dire l’occasion d’une contemplation.

Ici, le tourisme de la compétition morbide et fantasmée se transforme en véritable constat du monde moderne. Il expose les maux d’une génération face aux principaux défis contemporains de la solitude à l’ère de l’immensément grand.

La fatalité que met en évidence ses pièces ne donne jamais à l’espoir une raison d’exister, mais invite à regarder les autres avec la beauté de leur possible.

En faisant disparaître les figures humaines de notre champ de vision, il dresse pourtant le portrait d’une humanité pleine de chaos et de fêlures, terriblement dépendante de l’autre autant qu’en recherche constante de sa disparition.

C’est sûrement pour cette raison que l’écran devient son support principal.

Les espaces interactifs de communication permettent de disparaître et de se construire une intimité simulée. L’écran est l’invitation à réinventer son existence à chaque clic pour se reconstruire à chaque immersion.

Conscient que la promesse d’un monde meilleur est déjà le fait d’arme des utopies, il émerge de son hétérotopie personnelle une carte postale, c’est-à-dire l’image idéalisée d’un territoire, sans pourtant nous y inviter.

Si l’image, in fine, peut paraître séduisante, elle n’est jamais que le miroir déformant d’une vérité plus tragique.

En effet, si le tourisme de masse promet toujours une aventure exceptionnelle, Théo Chikhi joue de ses codes esthétiques pour nous en proposer l’obscène. Il nous compose des variations de ses sommités une fois leurs missions accomplies ou en pleine remise en question de leurs propres existences. En quelque sorte, il anthropomorphise leurs corps pixelisés avec des intentions existentialistes pour mettre en évidence leurs hypothétiques présences s’ils n’avaient pas été créés pour être organisés dans leur «travail» (2).

C’est de cette manière que son œuvre dessine notre société. Créer un personnage pour s’évader et le faire évoluer dans un univers parallèle n’est-il pas l’objectif de l’évasion dans le loisir ? Ici, le message sociétal est clair : nous transposons dans l’espace numérique nos tentatives échouées de fuir le réel.

Les pièces « Paysages de Bourgogne » et « Selfies » (3) ne sont que le prolongement de ces tentatives quotidiennes d’échapper à la réalité pour mieux en envisager les débordements.

Si la misère est sociale et sexuelle, alors son travail n’est que le rendu tridimensionnel d’un impossible total abandon. C’est une pause pour regarder le monde et ne plus s’y sentir seul. Si le chaos de certaines de ces pièces peut paraître absurde et les corps de ses protagonistes déformés, ils ne sont pourtant que l’impitoyable photographie de notre environnement et des gens qui le peuplent.

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1. « Vivre c’est passer d’un espace à un autre en essayant le plus possible de ne pas se cogner »

2. « L’horizon de leurs désirs était impitoyablement bouché: leurs grandes rêveries impossibles n’appartenaient qu’à l’utopie »

3. « Ces objets si parfaitement domestiqués qu’ils auraient finir par les croire de tout temps crées à leur usage unique »

Georges Perec, Les Choses

 

- Mathieu Bonnard

Théo Chikhi © 2020